J'ai eu beaucoup de plaisir à écouter sur France-Inter à midi a nouvelle émission les savantes avec Marylène Patou-Mathis, Préhistorienne et spécialiste incontestée de l'homme de Néandertal, en voici le lien: http://rf.proxycast.org/1451738662927605760/17310-30.06.2018-ITEMA_21730152-0.mp3.

On peut lire notamment, sur le site de l'émission: ""Briseuse de mythes", son travail de recherche pousse à nous interroger sur nos origines, nos rapports à la nature, mais aussi au spirituel et à la création. Pour au fond répondre à la question : Qu'est-ce que l'humain ?"

J'ai retenu de ses interventions dans cette émission qu'il fallait se méfier de la manière de rendre compte, même de l'histoire, car la personne qui raconte est elle même le produit  d'une histoire et source de subjectivité. Marylène Patou-Mathis nous dit qu'il n'y a pas lieu de porter de jugement de valeur sur les société qui nous ont précédé. Toutes sont l'expression de la capacité d'adaptation du genre humain aux conditions de leurs époques singulières.

On retrouve dans les propos de Marylène Patou-Mathis des soucis déjà exprimés par des historiens comme Georges Duby qui appartient à la troisième génération d'historiens de l'École des Annales fondée en 1929 par Marc Bloch et Lucien Fevre, notamment par ses apports à l'histoire des mentalités, constitutive de cette troisième génération. Pour faire court il faut se défier de juger de l'histoire avec notre regard d'aujourd'hui car nous ne sommes plus dans les conditions objectives qui caractérisaient le déroulement de événements de l'époque considérée.

Prenons le cas de François Furet et de son ouvrage "Le passé d'une illusion" paru en 1995. Voilà un jeune issu e la bourgeoisie conformiste, qui, dans le contexte des années qui suivent la Libération et l'image positive du PCF fondé essentiellement sur son action résisatante et le prestige de l'Armée Rouge, y adhère en 1949. Il y restera jusqu'en 1959. Dans l'article qui lui est consacré dans Wkipédia on évoque son "impulsion très énergique voire sectaire" du groupe des militant communiste du n°4 de la rue Quatrefages centre de post-cure de la Fondation e France qui accueille des étudiants dont l'état de santé nécessite quelques précautions.

En 1959 alors que le désapointement de la population française est immense. La droite et la SFIO ont fait front pour empêcher le Parti Communiste de participer aux gouvernement de la IVème République, ceci en application des directives liées au plan Marshall. L'influence du PCF demeure cependant important dans la population. Son maintien à l'écart est vécu par une bonne partie des gens comme un déni de démocratie. Ce sentiment est conforté par le maintien de l'orientation colonialiste ddes gouvernement qui se succèdent et l'embourbement dans la guerre d'Algérie. De plus pendant toutes les années 50 la répression des luttes ouvrières a été féroce. Ceci explique  que devint très majoritaire l'idée que De Gaulle, encore paré de son image de Résistant, put être plébiscité en 1968. La population ne pouvait alors comprendre que De Gaulle c'était aussi et surtout le retour au pouvoir des grands bénéficiaires du capitalisme. C'est dans ce contexte que prenant ses distance avec le PCF François Furet s'engagea dans la dérive social-démocrate singulière symbolisée par Michel Roccard, dérive qui déboucha sur ce qu'il est convenu de nommer "le social libéralisme".

C'est dans cette périodde d'ailleurs que François Furet, historien spécialiste de la Révolution Française de 1789 commença à faire une lecture hétérodoxe des événements qui conduisirent à la première République. L'hétérodoxie en soi n'est pas à rejeter, à condition que la nouvelle façon de voir reste objective et ne soit pas trop influencée par la mentalité singulière de celui qui propose une nouvelle interprétation. Car nous sommes là dans l'interprétation et probablement en rupture avec l'apport de l'école des annales et Georges Duby en particulier qui a beaucoup apporté au renouvellement de la compréhension de l'Histoire grâce au concept de représentation mentale.

C'est cette dérive, pour dépasser une contradiction personnelle entre les valeurs bourgeoises portées par son histoire éducative et les dix années d'engagement politique antagonique qu'il avait assumé, qui conduisit probablement François Furet à publier en 1995 "Le passé d'une illusion". C'est probablement ce livre qui donna l'idée à Stéphane Courtois, anticommuniste viscéral de la mouvance maoïste, à concevoir l'ouvrage qui se voulait un réquisitoire implacable du Communisme: "Le livre noir du communisme". François Furet devait en écrire la préface mais il décéda avant d'avoir pu remettre sa copie à Stéphane Courtois.

Après la Commune de Paris noyée dans le sang par la répression versaillaise, le XXème siècle restera dans l'histoire comme celui de l'échec des tentatives d'instauration de sociétés à visée communiste alternatives aux sociétés capitalistes. Le "Livre noir du communisme" restera lui dans l'histoire comme un réquisitoire partial visant à faire de l'aspiration communiste un épouvantail. L'effet sur notre société française n'a pas été sans conséquence. Cet ouvrage a contribué à ancrer l'idée que le captalisme était indépassable. Dès lors la réalité de la lutte de classes doit être niée: "il n'y a pas d'alternative". Du coup, il n'y a plus rien à comprendre, il faut faire avec le capitalisme et s'arranger pour défendre son pré-carré. Les solidarités deviennent relativement secondaires.

Le capitalisme financier est aux anges. Tout devient simple. Il n'a plus à convaincre. Les critères comptables deviennent les seuls indicateurs valides. C'est ainsi que simplisme capitaliste et populismes débridés sont devenus les produits du refus devenu majoritaire dans la population de fonder les revendications sur l'analyse critique du capitalisme financier.